Animathèque - Carte blanche à Michel Ocelot
C’est une séance particulière de l’animathèque qui s’est déroulée hier soir à l’auditorium de la mairie de Paris, non seulement parce que c’était la journée mondiale du cinéma d’animation clôturant la fête (française) du cinéma d’animation et que Michel Ocelot, “le papa de Kirikou”, en était l’invité d’honneur, mais surtout parce que pour la première fois depuis que je vais aux animathèques de l’AFCA, j’ai pu rester jusqu’à la fin d’une séance spéciale 28 octobre (j’avais déjà réussi à rester jusqu’à la fin d’une ou deux animathèques “normales” par le passé parce qu’elles avaient eu lieu à un horaire qui m’arrangeait) et même un peu après pour discuter. J’ai trouvé mon sauveur en la personne de Théo, le fier et noble héros qui m’a hébergé pour la nuit.
La première fois que j’étais allé à l’animathèque pour la journée mondiale du cinéma d’animation, c’est Olivier Catherin qui était le principal organisateur de la fête. Cette année, il a démissionné pour monter sa boîte de prod’ (qui co-produit le film de Florentine, entre autres) et c’est Juliette Crochu (celle du festival image par image) qui s’en est occuppé et qui présentait la soirée avec Marina Feodoroff et Michel Ocelot. Je me souviens qu’il y a deux ans Olivier avait dit quelque chose du genre : “bon ce sont des films qu’on a tous déjà vu mais c’est quand même bien de les revoir” et je n’en avais vu aucun, ce soir là je m’étais agrippé à mon fauteuil, pris de vertige à la vue de ce que je découvrais. Hier soir, en revanche, j’avais déjà vu plus de la moitié des films présentés… mais je n’avais pas vu ceux de Michel Ocelot. Il y a des choses évidentes comme ça auxquelles on ne pense pas, et j’ai toujours oublié ou remis à plus tard de regarder ses courts métrages alors que je savais qu’ils devraient me plaire.
Je ne crois pas que la salle était complètement pleine, mais en tout cas il y avait plus d’étudiants que d’habitude et même des enfants, c’est ce que l’on appelle “l’effet Ocelot”. Malheureusement j’avais en face de moi une tête qui ne voulait pas s’enfoncer dans son fauteuil, j’ai passé la séance à me pencher…
Je rappelle donc le principe, c’est Michel Ocelot qui fait une sélection de films qu’il aime bien.
Premier film au programme : Quidam Dégomme de Rémy Shaepman (qui représentait la “nouvelle génération” ha ha ha)

Rémy, même pas impressionné ^^
D’une certaine façon, et même s’il y a moins de monde dans la salle, je trouve qu’avoir son film à l’animathèque, pour la journée mondiale du cinéma d’animation en plus, c’est encore plus glorieux que de passer au festival d’Annecy…
Que dire donc de Quidam dégomme ? C’est un récit kafkaïen comme je les aime avec de jolis décors à l’aquarelle et des personnages animés sur flash avec des textures… Le personnage principal se met à voir des animaux dans le métro depuis qu’un mouton s’est installé sur le toît de l’immeuble en face de chez lui. Comme on le voit sur la photo plus haut, ils l’ont montré à partir du dvd de l’institut Sainte Geneviève mais je crois que le format n’était pas bon, il me semble que le film était en 16/9ième à l’origine, or ce n’était pas le cas hier… le film a eu du mal à se lancer au début d’ailleurs, il n’y avait pas le son. La première fois que j’avais vu quidam dégomme, je l’avais trouvé sympathique mais je lui avais reproché de faire partie des films qui semblent considérer que, sauf s’il y a des animaux qui débarquent en jouant de la musique, le métro parisien est un endroit affreusement moche et sans intérêt, alors que je trouvais que c’est plutôt un endroit romantique. Mais à force de le revoir partout, de hurler des acclamations dans la grande salle à Annecy, je me suis rendu compte des points communs qu’il pouvait avoir avec mon propre projet et j’ai commencé à le voir un peu comme un exemple. C’est une petite histoire (sans parole) bien menée avec ce côté absurde, inexpliqué mais qu’on comprend immédiatement qui me plaît.
Ensuite : Next de Barry Purves
C’est un film de marionnettes en stop motion, il met en scène Shakespeare qui enchaîne des scènes de son répertoire en se déguisant et en utilisant des accessoires ou un mannequin, le tout en rythme avec une musique qui a résonné toute la nuit dans ma tête. La marionette est très humaine et réaliste, c’est drôle et entraînant. Barry Purves s’inspire beaucoup du théatre et de l’opéra, j’ai vu une séance spéciale qui lui était consacrée à Annecy. Ce qui est amusant avec lui c’est qu’il utilise les procédés du spectacle vivant dans ses films, par exemple il construit son histoire autour d’un petit décor qui se transforme de façon ingénieuse au fur et à mesure que les scènes s’enchaînent. La musique joue un rôle important dans ses travaux, celle de Next m’est restée dans la tête toute la nuit, mais dans les autres films c’est carrément des chants d’opéra… Je ne suis pas forcément très fan d’ailleurs, mais il sort un dvd en France.
Haut pays des Neiges de Bernard Palacios
Un dessin animé sympa et mignon avec des petits bonshommes et une histoire amusante et poétique. Un géomètre héberge une espèce de femelle yéti chez lui au Tibet, tandis qu’une expédition scientifique est envoyée pour en suivre les traces de pas…
Il était une fois un chien de Edouard Nazarov
Une histoire de solidarité entre un chien et un loup, un film social assurément… J’aime bien le ton des dialogues entre ces deux personnages désabusés mais généreux, et puis la voix du narrateur.
Anna & Bella de Børge Ring
Michel Ocelot disait de ce film que c’était du dessin de cartoon sans originalité, qu’il n’y avait pas assez de couleurs, que c’est le genre de film qu’il déteste, mais qu’il l’avait mit dans le programme parce que c’est un chef d’oeuvre qu’il adore… C’est deux vieilles dames, deux soeurs, qui rigolent en regardant des albums photos et se remémorent des souvenirs. A un moment l’une d’elle tombe sur la photo d’un ancien petit ami et on découvre une histoire de jalousie qui leur serait arrivée quand elles étaient jeunes. J’avais déjà vu le film mais il me manquait la fin, en fait ça n’a pas changé grand chose de la voir parce que je ne l’ai pas vraiment comprise. Enfin on va dire que c’était du cartoon sensible. Je ne suis pas un fanatique de la couleur comme Michel Ocelot mais j’aimais plutôt bien celles de ce film justement, et c’était du dessin crayonné.
Après ça on est passé à la deuxième partie de la séance, consacrée au travail de Michel Ocelot.
Film surprise : un épisode de Gédéon le canard
Michel Ocelot semblait avoir honte de montrer ça, une série animée pour la télévision dans les années 70… En fait c’était nul, mais à un tel point que c’était bien, parce que c’était décalé, il y avait presque un côté surréaliste. Le dialogue entre les deux personnages était tout particulièrement savoureux, il anticipait carrément ce qui allait se passer et expliquait oralement tout ce qui était immédiatement compréhensible visuellement. C’était étrange comme narration et j’adore le ton idiot qu’ils employaient… dans le texte de mon film d’ailleurs j’ai essayé d’obtenir quelque chose d’un peu similaire, parce que ça ne manque pas de poésie et d’humour ainsi que d’une certaine insolence ^^
Earth Intruders (le clip de Björk)
Il a bricolé ça en peu de temps et c’était pas un sujet qui l’inspirait, mais je trouvais que c’était mieux sur grand écran tout de même…
Les trois inventeurs
Chef d’oeuvre absolu en papiers découpés , super bien animé, super beau, les silhouettes des personnages sont admirablement expressives et touchantes, les décors ont été réalisés avec des patrons de pâtisserie je crois et c’est très graphique, surtout avec tous les engrenages et mécanismes de la maison. C’est un conte (comme d’hab’ avec Michel Ocelot) sur une famille d’inventeurs confrontée au regard d’une société qui les considère comme de dangereux exentriques ne faisant rien d’utile. Michel Ocelot a présenté ce film comme celui qu’il avait voulu concevoir comme la preuve qu’il n’était plus un apprenti (il a fait une comparaison avec les compagnons ouvriers machin chose, ce qui indique je suppose qu’il faut le classer dans la catégorie “moi je suis un artisan et je me la pète” mais curieusement j’aime bien sa façon de se la jouer à grand renfort de fausse modestie alors que je déteste ça d’habitude ^^).
Ensuite on a vu trois contes en silhouettes noires : La Belle Fille et le Sorcier, Bergère qui danse, et Icare. J’aime bien la structure des contes en général, même si ça peut sembler un peu répétitif, mais c’est toujours un moyen de s’amuser avec une histoire, entre imaginaire et réalité, d’aborder le monde d’une façon décalée et de toucher au vif. Le fait de passer par des silhouettes renforce cette structure, cet aspect ludique. J’aime bien la façon dont les personnages acceptent la situation comme elle se présente et l’affrontent prosaïquement mais avec beaucoup d’humanité en même temps.
La séance s’est terminée sur La légende du pauvre bossu, un film d’animation “pas animé”. Mais en fait si parce que c’est des plans d’images fixes qui s’enchaînent très vite de manière rythmée, ce qui donne quand même une impression de mouvement et à la fin on arrive à l’animation proprement dite comme une libération qui s’accorde bien avec le sujet, c’est donc un film très intelligent.
Après la séance on pouvait discuter autour d’un buffet, j’ai prit quelques photos :
Celle-ci est marrante, C’est Florentine qui parle avec Juliette pendant que le fantôme d’Olivier passe, peut être qu’il faut y voir un symbole du passage de relais ou je ne sais quoi ^^
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