Gralala

Ponyo sur la falaise

Voilà, je l’ai vu… et j’ai bien préparé mon coup : un lundi soir en VO = pas d’enfant dans la salle. Je me suis mit bien au milieu, il n’y avait pas non plus de géant devant moi et personne à côté, pas de vieux connard qui arrive en retard et qui pue la transpiration comme l’autre jour pour la séance Walérian Borowczyk… c’était parfait ^^

J’ai avec Miyazaki, celui que j’appelle le vieux con, le gauchiste de droite, une relation étrange : je l’aime bien et parfois je le déteste. Je n’apprécie pas toujours la morale de ses films, je n’adhère pas à certains de ses propos, opinions ou démarches artistiques dans les interviews que j’ai pu lire, et en général je déteste le thème de l’écologie dans le cinéma d’animation, alors forcément… Néanmoins j’aime bien la plupart de ses films. Je suis allé voir celui-ci en me disant qu’avec un peu de chance je le détesterais et que ça me permettrait de faire un article bien méchant comme je les aime. Lorsque les lumières se sont éteintes, je me suis dit “oh allez, ça va probablement me plaire…” et à ce moment le logo de télérama est apparu : “ça commence mal…”

La première surprise, c’était les décors au pastel sec, on était habitué à la gouache et je trouve que c’est une bonne initiative car cela donne un petit côté album de coloriage qui colle bien à l’ambiance enfantine et fantaisiste, légèrement dans le genre vacances au bord de la mer. Euh je dis ça mais c’était pas des décors super stylés comme des dessins d’enfants ou certains artistes hein… ni un truc super réaliste façon Quentin de la Tour… C’était entre les deux, très soigné, jouant avec le trait et les contrastes de couleurs, peut être un peu trop pépère à mon goût, pas assez fou, trop régulier, mais quand même joli et efficace ^^

Au niveau de l’animation ça grouillait de vie, dès le début on voit des tas de méduses et de poissons dans tous les sens, on reconnaît les vieilles habitudes de Miyazaki, des multitudes de petites créatures, d’autres énormes qui passent comme si de rien n’était et les attitudes caricaturales qui reviennent souvent chez ses personnages. Ce n’était pas une animation toujours réaliste, il y avait un côté absurde, exagéré, parfois c’était même à la limite du cartoon, dans les scènes avec la voiture par exemple, et puis le personnage de Ponyo se transforme beaucoup et bouge d’une manière particulière. C’était très agréable à suivre, ça bougeait de partout, ce n’était peut être pas toujours bien animé au sens où l’entendrait un abrutis mais ça fonctionnait bien et procurait un sentiment plaisant.

Bien que le film soit de nature complètement fantaisiste et à la limite de l’absurde, il y avait beaucoup de petites scènes qui évoquaient des détails du quotidien de manière sensible et pour le coup très réaliste, au fur et à mesure que Ponyo découvre le monde des humains. Quand on est enfant on passe par différents stades sensitifs et on se met des trucs dans la bouche pour les goûter ou on touche à tout ce que l’on voit dans une pièce, plus tard on se souvient d’ambiances qu’on a connue de façon très précise par rapport à une odeur, une sensation tactile ou autre (madeleine de Proust). Dans un récit c’est souvent pratique d’en appeler à son expérience sensorielle pour accrocher le lecteur : “Il était assis à une table, on ouvrit la porte de la taverne et un courant d’air froid lui passa sur les cheveux”. C’est aussi pour ça que je disais que ce film avait un petit goût de souvenir de vacances, mais en fait je suppose que c’est simplement parce que Ponyo est une enfant qui expérimente la vie.

Le scénario m’a plu, certains trouveront qu’il part dans tous les sens pour n’aller nulle part ou pas très loin, mais moi ça me va. En effet le scénario laisse envisager pleins de choses qui ne sont finalement pas exploitées, à mon grand soulagement le plus souvent. J’aime bien la façon dont les personnages acceptent les évènements étranges qui arrivent presque sans sourciller. Il se passe pleins de choses inexpliquées à l’écran alors que le cours du récit ne semble pas s’en soucier, je suis sensible à ce genre de choses et comme les personnages du film je me dis juste que c’est cool : je n’aime pas l’ordre établi, j’aime la liberté.

Spoiler : à un moment on évoque une possible fin du monde et elle n’arrive pas… tant mieux. Il y a des poissons préhistoriques qui nagent un peu partout et ça n’inquiète personne… et alors ? Florentine était déçue que l’épreuve finale annoncée du héros ne soit pas si terrible que ça, mais moi je DETESTE les épreuves, ça induit l’idée du mérite et d’un élitisme qui n’a pas lieu d’être. Par exemple, dans un autre film, je n’aimais pas l’idée que Chihiro dût reconnaître ses parents parmi un groupe de cochons et donner la bonne réponse à la question piège à la con pour pouvoir repartir.

Dans le château ambulant déjà on reprochait d’avoir lancé pleins d’idées qui pouvaient donner lieu à de multiples développements compliqués pour finir brutalement en trois pirouettes. Il y en a comme moi qui adorent justement ça… Et puis finalement c’est bien aussi de voir l’histoire comme quelque chose d’ouvert, qui laisse le spectateur imaginer les développements possibles, ou comme un travail brut, livré sans les finitions parce que ce n’est pas vraiment utile de le finir, parce que ce n’est pas ce qui intéresse ou ce que cherche son auteur ou parce qu’il consiste davantage à ouvrir des perspectives, à évoquer des idées qu’à les arrêter. Hayao Miyazaki a écrit des livres illustrés et des mangas, il existe donc des versions différentes de Porco Rosso ou de Mononoke hime, le manga de Nausicaä entraîne l’histoire beaucoup plus loin, dans d’autres films il s’est inspiré de romans qui sont suggérés, évoqués, interprétés mais bien différents, et je pense qu’il a une relation à ses histoires et ses univers qui n’est pas limitée à une intrigue stricte, il est dans une construction en cours perpétuelle, dont il nous donne une approche cinématographique.

Enfin pour ceux qui ont détesté le château ambulant, je les rassure quand même c’est un peu moins pire (ou moins bien ^^).

Les personnages sont attachants, comme je l’ai dit j’aimais bien le flegme avec lequel ils réagissent aux évènements. La mère du héros est complètement folle, on devrait lui retirer la garde de son fils et son permis de conduire en même temps, mais elle est charmante. J’aime moins les vieilles dames, ça me faisait penser aux gargouilles dans le Bossu de Notre Dame (Disney) et ce genre de personnages qui sert à rien d’autre qu’amuser les enfants, ou à dire “soyez gentils avec les personnes âgés gnagnagna”… Mais ça va avec le côté souvenirs d’enfance. Le héros est simplement héroïque et Ponyo est géniale. C’est l’archétype du personnage qui renie ses origines et essaie de se construire autrement que ce qu’on a décidé pour lui. Bref elle a tout pour me plaire, c’est exactement comme le héros de mon propre projet de film, elle a une attitude touchante, elle est exploratrice, libre, rebelle et amoureuse. Il y a un moment au début où j’ai su que j’allais aimer tout le reste, quand elle est confrontée au magicien.

Spoiler : il lui fait le discours sur les humains qui sont des affreux gros moches qui polluent et elle lui dit rien à foutre je veux être humaine et je t’emmerde vieux con.

Après ça, il y a un long passage d’action, un grand mouvement émancipateur qui transforme le film, c’est la révolution quoi, le socialiste en moi approuve…

D’ailleurs Ponyo est rouge ^^

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